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De la fragmentation du storytelling
Posté par Mathias Daval dans _Analyses le 6 août 2009
« Ce n’est rien d’autre qu’un signe des temps, la marque d’une époque où les hommes sont contraints d’avoir recours à ce qui est bref, condensé, bien digéré plutôt qu’à ce qui est volumineux, en un mot au journalisme plutôt qu’au traité. A notre époque nous avons ainsi plus besoin de poids mouches que de poids lourds de l’intellect. Je n’affirmerai pas que les hommes d’aujourd’hui pensent avec plus de profondeur qu’il y a un demi-siècle mais il est certain qu’ils pensent avec plus de rapidité, d’adresse, de savoir-faire, avec plus de méthode et moins d’extravagance de la pensée. En outre, la somme des sujets de réflexion qui s’offre à eux s’est considérablement accrue ; ils possèdent davantage de faits, davantage de choses auxquelles réfléchir. C’est la raison pour laquelle ils s’efforcent de mettre la plus grande quantité possible de pensée dans le volume le plus réduit possible et de la disséminer avec la plus grande rapidité. »
Non, il ne s’agit pas de la dernière analyse d’un blogueur émule de McLuhan ni d’un extrait du (par ailleurs excellent) numéro de Books de juillet 2009 sur la fragmentation de l’information et la dispersion de la lecture à l’heure de l’internet.
Non, ce texte a été publié en… 1850. Son auteur : Edgar Allan Poe (1). C’est dire si le constat n’est pas neuf.
Une nouvelle forme de storytelling est associée à cette fragmentation de l’attention du lecteur, dans laquelle on retrouve pêle-mêle les dernières vidéos à la mode sur YouTube, les articles de Wikipedia, les séries télé, Twitter, le wall de Facebook, les jeux vidéo pour téléphones portables…
Formats courts, narrations incisives : aux Grands Récits traditionnels (R.I.P., dixit Baudrillard) se substitue un faisceau de petits récits multiformes et intrinsèquement liés aux supports qui les diffusent.
Je ne suis pas de ceux qui voient dans cette évolution le mal rongeant l’os de la culture moderne. C’est, plutôt, un défi passionnant qui concerne aussi bien les créateurs que les communicants.
(1) Extrait de « Marginalia », traduit de l’anglais par James Lowler, in Edgar Allan Poe : Histoires, essais et poèmes, La Pochotèque, 2006.
A lire : Cercle (vertueux) de la fragmentation sur l’Observatoire des Médias.

