Archives de la catégorie _Analyses
Teaser de l’étude « EbookZ » sur le téléchargement illégal des livres
Posté par Mathias Daval dans Consulting, _Analyses le 25 septembre 2009
Le MOTif, Observatoire du livre et de l’écrit de la région Ile-de-France, m’a confié la réalisation d’une étude sur le piratage des livres sur Internet.
Des milliers de fichiers analysés et 4 mois de recherches… dont les résultats seront divulgués à la mi-octobre.
En attendant, voici un petit teaser pour vous donner l’eau à la bouche : http://www.lemotif.fr/fr/actualites/bdd/article/636
« Les lecteurs ne sont pas les vrais clients des éditeurs » (Gilles Deleuze)
Posté par Mathias Daval dans _Analyses le 31 août 2009
Dans sa grande lucidité sur l’évolution de la société capitaliste, Gilles Deleuze a beaucoup parlé de la lecture, du livre et du marché de l’édition.
Les interviews recueillies dans l’Abécédaire témoignent de son analyse :
Gilles Deleuze : « Les vrais clients des éditeurs sont les distributeurs »
Sa remarque sur les clients de la télévision préfigure magnifiquement l’énoncé impudique mais néanmoins réaliste de Patrick Le Lay sur le « temps de cerveau disponible ».
Dans le monde du livre, ce que Deleuze entend par distributeurs, évidemment, concerne toute la chaîne des intermédiaires : distributeurs au sens où l’entend la profession, mais aussi libraires, diffuseurs et marketeurs…
il invite à une vigilance, dont on peut se demander si elle ne vient pas trop tard. Mais sa mise en garde est assortie d’une note d’optimisme. Un peu plus loin au cours de l’interview, il ajoute que la situation ne peut perdurer et que le développement d’un « marché parallèle », d’un « marché noir » est inévitable.
C’est un discours que l’on peut adapter aux problématiques actuelles sur le piratage sur Internet : le succès du peer to peer et du téléchargement illégal ne répond pas simplement à l’essor d’une culture de la gratuité ; mais bien à une reprise en main par les citoyens (volontaire ou inconsciente), de leur liberté à l’égard de l’offre culturelle.
Avec les conséquences contrastées que l’on connaît, les pirates font écho à Deleuze en affirmant : « Nous voulons redevenir les véritables clients des éditeurs ».
Partant, il reste à ces derniers de rééquilibrer le marché en proposant une offre légale attractive adaptée aux besoins et aux usages de leurs lecteurs.
Jonathan Glazer ou le storytelling du corps
Posté par Mathias Daval dans _Analyses le 24 août 2009
Le réalisateur et vidéaste anglais Jonathan Glazer a marqué de son empreinte le monde du clip et de la pub des ces 15 dernières années.
De pubs pour Levis ou Guinness en passant par des clips de Jamiroquai et Richard Aschcroft, sa vision du storytelling est celle du corps humain : distendu aux recoins de l’écran, contracté, altéré, bousculé… C’est bien le corps qui, point de focalisation à partir duquel se déroule l’histoire et se dessine un environnement souvent étrange, créé la narration.
Et lorsque ce corps est celui de Denis Lavant, l’acteur lumineux des Amants du Pont Neuf, errant en parka dans un tunnel, marmonnant des propos incompréhensibles sur un morceau de Radiohead, on peut imaginer là tenir un pitch pour le moins excitant.
On se rend compte alors qu’on est très en dessous de la vérité. Car « Rabbit in your headlight » n’est pas qu’une histoire racontée en vidéo et en musique. C’est un coup-de-poing qui va droit aux tripes avant de griller le cerveau. Une expérience organique totale. Longtemps censuré en France, on comprend que le film dérange.
Il est une belle démonstration en images de ces moments d’illumination qui transcendent la conscience et permettent son évolution. Il démontre un storytelling à son apogée : une histoire, selon le mot de Flaubert, dont on ne se remet pas totalement.
De la fragmentation du storytelling
Posté par Mathias Daval dans _Analyses le 6 août 2009
« Ce n’est rien d’autre qu’un signe des temps, la marque d’une époque où les hommes sont contraints d’avoir recours à ce qui est bref, condensé, bien digéré plutôt qu’à ce qui est volumineux, en un mot au journalisme plutôt qu’au traité. A notre époque nous avons ainsi plus besoin de poids mouches que de poids lourds de l’intellect. Je n’affirmerai pas que les hommes d’aujourd’hui pensent avec plus de profondeur qu’il y a un demi-siècle mais il est certain qu’ils pensent avec plus de rapidité, d’adresse, de savoir-faire, avec plus de méthode et moins d’extravagance de la pensée. En outre, la somme des sujets de réflexion qui s’offre à eux s’est considérablement accrue ; ils possèdent davantage de faits, davantage de choses auxquelles réfléchir. C’est la raison pour laquelle ils s’efforcent de mettre la plus grande quantité possible de pensée dans le volume le plus réduit possible et de la disséminer avec la plus grande rapidité. »
Non, il ne s’agit pas de la dernière analyse d’un blogueur émule de McLuhan ni d’un extrait du (par ailleurs excellent) numéro de Books de juillet 2009 sur la fragmentation de l’information et la dispersion de la lecture à l’heure de l’internet.
Non, ce texte a été publié en… 1850. Son auteur : Edgar Allan Poe (1). C’est dire si le constat n’est pas neuf.
Une nouvelle forme de storytelling est associée à cette fragmentation de l’attention du lecteur, dans laquelle on retrouve pêle-mêle les dernières vidéos à la mode sur YouTube, les articles de Wikipedia, les séries télé, Twitter, le wall de Facebook, les jeux vidéo pour téléphones portables…
Formats courts, narrations incisives : aux Grands Récits traditionnels (R.I.P., dixit Baudrillard) se substitue un faisceau de petits récits multiformes et intrinsèquement liés aux supports qui les diffusent.
Je ne suis pas de ceux qui voient dans cette évolution le mal rongeant l’os de la culture moderne. C’est, plutôt, un défi passionnant qui concerne aussi bien les créateurs que les communicants.
(1) Extrait de « Marginalia », traduit de l’anglais par James Lowler, in Edgar Allan Poe : Histoires, essais et poèmes, La Pochotèque, 2006.
A lire : Cercle (vertueux) de la fragmentation sur l’Observatoire des Médias.

