Archive pour janvier 2009

Contedauteur et le concept de « live publishing »

En 1998, à l’aube de l’édition numérique, Edysseus lançait un projet novateur appelé « Contedauteur ».

Plus mis à jour aujourd’hui, le site était la première plateforme d’édition électronique à proposer des publications « instantanées » de textes courts. En voilà le credo :


Il était une fois dans un pays pas si lointain des gens qui pensaient que l’édition pouvait être vécue différemment.

Contedauteur.fr est un Objet Littéraire Non Identifié dont la mission est de prouver que la publication de textes peut se faire autrement.

Contedauteur.fr donne le primat à la liberté d’expression et à la rencontre.

Sous la forme d’une boutade aux maisons d’édition à compte d’auteur, Contedauteur.fr vous propose un rapport nouveau à l’écriture, à la publication et à la lecture.

De nature profondément optimiste, ce site ouvre ses pages à tous ceux qui prendront le temps de charger leur texte. Grâce au « Live publishing, » il est possible de publier un texte en ligne gratuitement et instantanément.

Un espace libre, chaotique et gratuit, est alors offert qu’il faut remplir, organiser, faire vivre… Loin de toute logique commerciale, Contedauteur.fr vous propose une forme de rencontre unique.

Tout auteur a le droit de vouloir être lu et d’attendre des retours de ses lecteurs.

Tout lecteur qui accepte de sortir des sentiers battus doit pouvoir réagir.

Loin d’un nivellement par le bas, il s’agit de tenter une expérience nouvelle.

Contedauteur

Lorsque nous avons lancé le projet, nous pensions que nous allions nous retrouver avec une myriade de textes informes, mal écrits et illisibles. Mais il semble que la qualité a attiré la qualité, et que sur les quelque 150 textes publiés sur le site, 90 % d’entre eux furent de très bonne facture, tant sur le fond que sur la forme.

Certains de ces textes ont été réédités dans la revue TIBIDABO.

Aujourd’hui, un site comme TiTexte reprend un créneau similaire, mais, semble-t-il, au premier degré, c’est-à-dire en tant qu’éditeur numérique plus que comme projet expérimental. A ce titre-là, le succès de telles initiatives demeure mitigé.

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Du storytelling en cadavre exquis

Le concept de cadavre exquis (si tant est que vous ayez le mauvais goût de ne pas en connaître la définition) a été développé par les surréalistes dans les années 1920.

Il consiste à réaliser un texte (ou une oeuvre graphique) à plusieurs, sans se concerter sur l’enchaînement logique des contributions. Dans le cas qui nous concerne, l’objectif était de faire rédiger une histoire à plusieurs dizaines d’auteurs, chacun n’ayant comme support que la ou les phrases écrites par l’auteur précédent.

Le projet a été réalisé le 4 décembre 1999 à l’occasion de la 52e Journée Dédicaces de Sciences Po.

La contrainte de départ était d’écrire la suite de l’amorce classique : « Il était une fois ».  C’est l’historien Jean Favier qui eut l’honneur de donner le ton en rédigeant la première contribution : « une marquise sous la pluie ».

40 autres plumes, de tous horizons (romanciers, essayistes, journalistes, universitaires, politiques…) se sont succédé pour compléter le récit.

A partir de ce début ouvrant mille possibilités, une histoire s’est tissée, parfois drôle, parfois incohérente, toujours en écho à la personnalité des différents auteurs.

http://contedauteur.fr/cadavre/

Cadavre Exquis

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« Chez Universal Music, on fait de l’artisanat ! »

Le 7 avril 2004, au moment où le téléchargement commence à exploser en France, j’ai réalisé pour le défunt magazine en ligne Elenbi.com cette interview de Pascal Nègre, président d’Universal Music.

Pascal Nègre

Pascal Nègre, quel bilan dressez-vous de la charte contre la piraterie numérique signée en juillet 2004 ?
Les plateformes de téléchargement légal se sont développées de façon rapide et spectaculaire, contrairement à ce que certains disent. Aujourd’hui 99% du top album est disponible sur Internet. Chez Universal Music France, 17 personnes s’occupent uniquement de musique en ligne. Après la mise à disposition de l’intégralité de notre catalogue, qui est la priorité, nous allons travailler à la numérisation des disques qui ne sont plus distribués.

Comment jugez-vous l’attitude des FAI, signataires de la charte, à l’égard du P2P ?
Les FAI utilisent la musique et la vidéo comme un produit d’appel pour leurs services haut débit. Pourquoi prendre un abonnement à 10 méga ? Pour télécharger des films, ou pour lire ses mails sur MSN ? Les FAI courent plus après les parts de marché que la profitabilité, et ils jouent la montre : la bataille s’arrêtera avec la consolidation du secteur, qui comporte beaucoup trop d’acteurs en France.

Que pensez-vous du rapport Accenture/INRIA ? Attendez-vous plus de détermination de la part des pouvoirs publics ?
Peut-on bloquer un site pirate à l’ensemble des abonnés d’un FAI ? La réponse aurait dû être : oui, c’est facile ! C’est d’ailleurs ce que fait déjà British Telecom ! Il faut interdire ou filtrer les logiciels P2P en développant les DRM. Une future décision de justice est à cet égard fondamentale : celle de la Cour suprême américaine sur l’affaire Grokster, qui interviendra fin juin. Si les logiciels de P2P sont jugés illégaux, alors nous verrons l’apparition d’une nouvelle génération de logiciels légaux. Il est temps de se rendre compte que pour développer un business de contenus sur Internet, il faut un cadre juridique solide ! Le ministre de la Culture et de la Communication est actif et fait tout pour nous aider, mais le lobby des télécoms est très puissant.

Le P2P n’implique-t-il pas la démocratisation de la culture, comme on l’entend souvent ?
Mais nous sommes les seuls à nous poser la question de la « légitimité » du P2P : c’est un débat franco-français ! On glisse tout de suite sur la question de « l’accès à la culture », mais ça n’a rien à voir. Ou alors il faut pousser le raisonnement encore plus loin : l’accès à l’eau et à la nourriture est encore plus vital : pourquoi ne pas le rendre gratuit ? Ce qui est regrettable, c’est qu’on dérive sur des débats politiques où un certain nombre d’individus croient qu’il est cool et moderne de défendre le P2P.

Une pétition comme celle du Nouvel Obs ne traduit-elle pas un véritable mouvement de société ?
Je partage l’avis de Jean-Jacques Goldman quand il dit : « Je serai solidaire du Nouvel Obs lorsqu’il sera photocopié et vendu illégalement ».

Internet, avec le P2P, est une menace, mais c’est aussi une opportunité…
Oui, c’est une opportunité formidable ! Le problème du disque, c’est sa distribution. Il n’y a que 2 000 points de vente en France, et Internet apporte à cet égard une révolution fondamentale. La règle des 80/20 va évoluer. Une fois la piraterie jugulée, on se dirigera vers un système plus proche du 70/30. Pour preuve : la part du marché de la musique classique et du jazz est plus importante sur Amazon qu’à la FNAC, et cela ne tient pas qu’au profil des consommateurs. Internet permet une plus grande diversité de l’offre.

Les majors du disque ne souffrent-elle d’un problème d’image, que l’actuelle campagne de répression ne fait rien pour arranger ?
D’abord, je crois qu’il faut être très prudent sur le décalage qui peut exister entre l’opinion publique et le relais qu’en font les médias. On pourrait être surpris. Ensuite, les opérations « soft » de prévention contre la piraterie numérique ont été faites il y a longtemps, il y a quatre ans. La campagne du SNEP a soulevé une controverse, mais au moins le message est passé ! On me colle une image de suppôt du grand capital, mais on ne se rend pas compte que, même chez Universal Music, on fait de l’artisanat ! Allez chez France Télécom ou Total : vous verrez ce qu’est une major de l’industrie… Moi, ce qui m’intéresse, depuis 20 ans que j’y travaille, c’est la musique. J’aimerais trouver un média où je puisse venir parler de mon métier, et pas seulement de piratage !

Des études contradictoires entraînent une certaine confusion quant aux conséquences du P2P. Certains rappellent que l’explosion des copies sur cassettes vierges dans les années 80 a profité à l’industrie du disque.
A l’époque, il y avait 3 disques pour 1 cassette vierge. Aujourd’hui, il y a 1 disque pour 3 CD vierges : on est très loin de la logique de la copie privée ! A priori, le type qui télécharge de la musique m’est plutôt sympathique, ça veut dire qu’il a la même passion que moi, mais enfin il y a des limites ! En 2004, notre chiffre d’affaires a baissé de 15% : c’est concret, non ? Le véritable traumatisme subi par la filière ne se verra vraiment que dans 4 ou 5 ans. Et on se rendra enfin compte du ridicule des arguments que certains défendent aujourd’hui.

N’êtes-vous pas obligé d’admettre que la grande majorité des morceaux téléchargés illégalement n’auraient jamais été achetés ?
Bien sûr, mais étant donné la quantité de titres piratés, il suffit que seulement 10% d’entre eux se soient substitués à des ventes pour que cela constitue une perte conséquente pour la filière musicale !

Derrière les discours des défenseurs du P2P, il semble qu’il y ait aussi la critique d’une industrie du disque qui produit du prêt-à-écouter, qui promeut à grands renforts marketing de la musique jugée médiocre…
S’il suffisait de matraquer le public à la télévision pour vendre, ça serait facile ! De nombreux artistes sur lesquels on communique beaucoup ne vendent pas de disques. La vraie question, c’est celle l’exposition de l’offre dans les médias, à la télévision et sur les radios. Le problème n’est pas qu’il y ait la Star Academy, mais qu’il n’y ait que Star Academy ! Où sont les émissions musicales alternatives ? Et la TNT va, je l’espère, changer une partie de la donne.

Autre argument opposé aux maisons de disque : les CD sont vendus trop chers, notamment en comparaison des prix pratiqués outre-Atlantique…
Les disques sont moins chers aux Etats-Unis car le marché est beaucoup plus large : il permet d’atteindre le seuil de rentabilité, la marge se faisant à l’export. Et le prix du disque, comparé au prix du billet de cinéma ou de la place de concert, me semble parfaitement justifié. Quant à la critique sur le format « douze titres dont un seul nous intéresse », considéré comme une contrainte, considérez le chiffre suivant : 50% des titres téléchargés sur les plateformes le sont dans le cadre d’un album !

Le business model des plateformes de téléchargement est-il sain ? Un distributeur comme Virgin se plaint de ne pas gagner d’argent…
Est-ce que 0,99 euros pour un titre est un bon prix ? Je n’en sais rien, il est encore trop tôt pour le voir. Mais les distributeurs n’ont pas trop à pleurer, ils vendent aussi des Ipod…

Que pensent les artistes avec qui vous discutez du P2P ?
Les artistes ne parlent que de ça ! Ils se rendent bien compte que la piraterie signifie à terme moins de moyens pour l’enregistrement et la promotion de leurs œuvres, ainsi que la détection de nouveaux talents. Les artistes, comme tout un chacun, sont concernés par le P2P.

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